Fable, voilà un nom qui pour beaucoup, a jadis revêtu les habits
crasseux d'une noire déception. Annoncé à grands coups de promesses
extraordinaires et de déclarations flamboyantes d'un Peter Molyneux
prolixe, le titre nous était finalement apparu sous la forme d'un
RPG innovant, mais à mille lieux de ce qui avait été avancé
initialement. Et voilà que sa suite débarque aujourd'hui sur Xbox
360. Lord Molyneux a cette fois modéré ses propos mais n'a pourtant
jamais caché son ambition de faire de Fable II un titre unique et
enchanteur, une expérience à part entière qui ne devrait pas être
confinée au simple statut de jeu de rôles. Tournons donc notre
regard vers les sentiers ombragés d'Albion et tâchons maintenant
d'examiner ce qu'il en est effectivement. Avant de nous plonger
corps et âme au coeur du royaume des héros, il convient tout
d'abord de mentionner un fait intéressant. Peter Molyneux, grand
pourvoyeur de promesses devant l'éternel, a accompagné toutes les
versions test de Fable II par une courte lettre. Cette lettre
prenait en fait la forme d'une requête. Messire Molyneux souhaitait
en effet que le test de son bienheureux bébé soit confié à une
personne qui n'aurait absolument pas la moindre connaissance des
jeux vidéo. S'il nous aura été bien évidemment impossible d'accéder
à cette requête, nous nous sommes efforcés de conserver un regard
relativement frais sur Fable II, un regard qui sans se départir
d'une volonté d'analyse critique et objective, vous donnera
occasionnellement accès aux impressions viscérales d'un amateur de
romans d'heroïc-fantasy. Mais trêve de bavardage, enfilons nos
bottes, agrippons notre épée et filons vers l'aventure. Fable II,
c'est avant tout une ambiance exceptionnelle. L'histoire de Fable
II se déroule 500 ans après celle du premier jeu, et si la
topographie des lieux et de nombreux détails évoquent évidemment ce
lointain passé, il n'est pas nécessaire pour autant d'avoir
parcouru le vieil Albion pour partir à l'aventure. Cependant, si
vous aviez déjà tâté du premier épisode, vous constaterez
rapidement que Fable II en reprend la structure scénaristique et
les idées de base tout en en approfondissant généreusement la
plupart des aspects. Cette fois, on aura donc la possibilité
d'incarner un personnage (garçon ou fille) et de le faire évoluer
de son plus jeune âge jusqu'au terme de sa vie. Son évolution
découlera directement de sa manière de vivre et des décisions qu'il
prendra au cours de son existence. Il s'agira donc de décider du
destin de votre personnage à plusieurs âges de sa vie. Tout
d'abord, on survolera rapidement l'enfance du héros. On profitera
alors d'un petit aperçu des mécanismes de Fable II, comme le fait
que le jeu ne propose pas de cinématiques à proprement parler, mais
des séquences in-game lors desquelles on pourra toujours continuer
à agir. Enfin agir n'est peut-être pas le terme adéquat mais on
pourra au moins manifester diverses émotions via un menu circulaire
accessible en appuyant sur RB. A ce titre, notez que votre stock
d'émotions s'étoffera au fil de votre progression et que leur
utilisation modifiera sensiblement la manière dont les gens vous
percevront. L'enfance enfin, instaure les bases du scénario de
Fable II en s'achevant sur une tragédie dont nous nous garderons
bien sûr de révéler la nature. Les quêtes secondaires s'obtiennent
en discutant avec les habitants d'Albion. La véritable aventure
commence en fait à l'adolescence, car c'est là, enfin, que vous
serez véritablement à même d'explorer Albion. L'univers apparaît
nettement plus vaste que dans le premier Fable, alternant les
espaces ouverts et les zones plus confinées. Dans l'ensemble, on se
sentira nettement plus libre qu'avant puisqu'il sera enfin possible
de sauter par dessus les haies et de partir patauger dans des lacs
et des rivières. Pour autant, Fable II n'a clairement pas
l'envergure d'un Oblivion par exemple et on se retrouvera souvent
forcé d'arpenter un sentier bien délimité. L'exploration, même si
elle est possible, reste donc très balisée et relativement limitée.
Néanmoins, Fable II propose une large variété de zones différentes
et on n'éprouvera finalement peu de lassitude à se balader dans son
monde. On appréciera notamment les différentes villes et villages,
vastes et peuplés de nombreux marchands (qui malgré leur nombre,
vendent plus ou moins les mêmes choses). Chaque bâtiment ou
commerce peut maintenant être visité, acheté, habité ou loué. Fable
II même s'il limite clairement les mouvements du joueur se montre
cependant très généreux en termes de possibilités. Besoin d'or ?
Rien ne vous empêche de chercher un travail chez un forgeron ou
même dans une taverne. Il est également indispensable de mentionner
le fait que le soft, malgré quelques bugs de collisions et pas mal
de clipping, donne véritablement vie à un somptueux univers. Albion
est riche, vivant, incroyablement poétique et conserve de surcroît
l'humour et la loufoquerie de son prédécesseur. La beauté des
environnements hurle la virtuosité des artistes de Lionhead en
permanence. Les développeurs ont clairement souhaité nous immerger
dans un autre monde et faire en sorte que l'on s'y implique
profondément. Cela passe d'ailleurs par quelques petites
trouvailles qu'on appréciera diversement. Dans Fable II, vous ne
pourrez pas directement consulter de cartes. On pourra certes avoir
un aperçu de la zone dans laquelle on se trouve en se rendant dans
le menu, mais les détails ne sont pas légion. Non, pour vous
orienter, il faudra vous en remettre à une traînée de lumière
censée vous indiquer le chemin vers votre prochain objectif.
Désactivable, cette ligne directrice ne gêne ni ne sert
véritablement le jeu, et ce malgré quelques tentatives pour en
faire un élément fondamental du gameplay. Ainsi, lors de certaines
séquences fortes en émotions, la bougresse disparaîtra tout
simplement pour tenter de vous désorienter. Ce système a néanmoins
le mérite de rendre le jeu plus accessible au sens où on ne se
perdra jamais vraiment. Cela dit, en l'absence de map digne de ce
nom, on tournera parfois en rond pour dénicher une auberge ou une
boutique spécifique que rien ne désigne en dehors de son écriteau.
A vous donc de flâner et de retenir tant bien que mal la
disposition des différentes échoppes, des échoppes où l'on vous
proposera parfois du travail ou des articles en promotion. Les
orbes représentent l'expérience acquise lors des combats. A chaque
couleur son domaine particulier. L'autre élément majeur destiné à
impliquer le joueur dans l'aventure tient à la présence continue
d'un chien. Loin de faire de la figuration, la petite bestiole peut
être d'une aide précieuse pour peu que vous preniez le temps de
l'éduquer convenablement. Pour ce faire, on cherchera à dénicher de
nombreux ouvrages dédiés au dressage plus ou moins bien planqués à
travers le monde. Associés à des expressions spécifiques, comme la
punition, les félicitations, le jeu ou la récompense, on pourra
faire de notre chien un compagnon parfait, capable de combattre
comme de signaler la présence de trésors. Le chien, qu'il est aussi
possible d'ignorer superbement, ne constitue pas un handicap et ne
vous gêne jamais. Certes, il lui arrivera de se bloquer dans
quelques recoins, mais il parviendra toujours à vous retrouver.
Très vite, on s'attache à cette boule de poils virtuelle qui n'est
jamais encombrante, comme on aurait pu le craindre. Lionhead a
d'ailleurs peaufiné ses attitudes à l'extrême et on verra souvent
le chien grogner lorsque l'ennemi est à proximité ou filer la queue
entre les jambes lorsque les choses se gâtent. Vous devrez alors le
rassurer en lui offrant un biscuit ou en tentant une gentille
mimique. Bref, on se retrouve là avec un compagnon de jeu auquel on
tient vraiment, ce qui témoigne de la réussite de Lionhead en la
matière. Là où le studio a peut-être moins bien fait les choses,
c'est au niveau de l'interface et de l'inventaire, auquel on
accédera en appuyant sur start. Outre un petit temps de chargement,
il faudra encore une fois naviguer lentement dans les listes
déroulantes et peu pratiques d'objets classés par type.
Heureusement que la relative simplicité du jeu et le recours
permanent à des actions contextuelles limiteront un petit peu les
allées et venues dans les menus. Plus vous avancerez, plus votre
éventail d'expressions s'étendra. Le système de combat s'avère lui
aussi perfectible. Fable II pourtant, part d'un principe séduisant.
En gros, les attaques de corps-à-corps ne s'effectuent qu'avec la
seule touche X, mais celle-ci est utilisable à différents niveaux.
En l'écrasant comme un sagouin, on peut tout à fait s'en tirer,
mais en frappant avec rythme, on lance de nouvelles attaques. En
maintenant la pression, on accède encore à un autre niveau de
frappe et si on pousse jusqu'à jouer sur un timing assez serré, ce
sont les mouvements de contre-attaques qui sortent. Outre les armes
de mêlée, ce système s'applique aussi à la magie (Y) ou aux armes
de lancer (B) tels que les arbalètes ou les fusils. Et il va de soi
que toutes les combinaisons sont autorisées. De mini cut-scenes
mettent en valeur les échanges les plus virils ou les mises à mort.
Quoi qu'il en soit, cette approche à multiples niveaux n'a pas
qu'un intérêt esthétique car l'usage d'attaques plus poussées va
évidemment de paire avec des dégâts et donc un score plus élevé.
Ainsi, si on peut venir à bout de ses ennemis en frappant sans
chercher plus loin, le recours aux techniques plus avancées
apportera plus d'expérience. Votre fidèle compagnon sait se rendre
utile. Encore faut-il le dresser correctement. Mettez l'accent sur
les armes de jets et vous gagnerez des points dans ce domaine
particulier, ce qui vous permettra à terme d'obtenir de nouvelles
capacités de tireur. L'ennui, c'est que s'en tenir aux attaques de
base suffit généralement à se débarrasser de n'importe qui. Fable
II, dans son désir de s'afficher en tant que titre unificateur, à
même d'attirer un large public, se révèle d'une facilité
déconcertante. Les combats sont certes dynamiques mais ils
n'offrent aucun challenge digne de ce nom. Autant le dire tout de
suite, notre personnage n'a pas connu les affres de la mort lors du
test. Néanmoins, sachez que si les points de santé du héros chutent
à zéro, il s'effondre au sol et en ressortira en portant les
stigmates de son échec : des cicatrices qui pourront peut-être le
rendre repoussant et qui ne favoriseront pas vos relations avec la
population, ou votre femme. Et vous perdrez au passage un peu
d'expérience. Ce sort permet de ralentir le temps pour vous
permettre de prendre le dessus sur l'ennemi. Dans un autre
registre, on note évidemment que toutes les quêtes du jeu, aussi
anodines soient-elles, vous demandent plus ou moins directement de
choisir entre le bien et le mal. Le système cependant a un petit
peu gagné en profondeur au sens où la valeur de vos actes est
associée au bon vieux critère d'alignement d'une part (bon ou
mauvais), mais aussi de pureté (corruption ou pureté) d'autre part.
Ainsi, certaines quêtes qui semblent pourtant fondamentalement
manichéennes se révèlent finalement un peu plus alambiquées. Votre
refus d'aider une personne en danger ne sera pas forcément
interprété comme un acte mauvais, mais affectera par contre votre
pureté. Vos actions, en plus de modifier votre apparence et la
manière dont les habitants d'Albion vous percevront, changeront le
visage même du royaume. Aidez un vieux bonhomme à monter son
entreprise dans un petit village, et 10 ans plus tard, le village
en question aura pris l'aspect d'une petite bourgade en plein boom
économique. Le titre invite donc le joueur à tenter plusieurs fois
l'aventure et à multiplier les approches. La ligne de quête n'est
pas indispensable. Et pourquoi ne pas tenter de rejoindre un autre
joueur dans sa propre partie ? Fable II permet effectivement de
retrouver un ami dans le monde qu'il aura lui-même façonné ou au
contraire, de l'inviter dans votre propre fable. Une manière
astucieuse de découvrir les nombreuses différences induites par des
choix divergents. Il est également possible de jouer à deux sur une
même console. Ainsi même si votre camarade n'a pas de personnage,
il pourra néanmoins rejoindre la partie en incarnant un acolyte. Et
rassurez-vous, les créatures hostiles du jeu auront alors la
bienveillance d'attaquer le plus puissant des deux héros en
priorité. Bref, voilà sans doute un aspect qui trouvera grâce
auprès de nombreux joueurs. Fable II se présente donc comme le
digne successeur de son aîné. Beau, riche, intelligent, plus long
(comptez une quinzaine d'heures pour finir l'aventure, en furetant
un peu), le titre se montre à la fois plus accessible et plus
envoûtant que le premier épisode. Une aventure qui se raconte et se
parcourt tranquillement, peut-être un petit peu trop semblable à la
précédente, mais qui constitue néanmoins l'une des plus grandes
réussites de Peter Molyneux et de son équipe. Hiro , le 20 octobre
2008 Les notesGraphismes 18/20Comme son aîné en son temps, Fable II
constitue indubitablement l'un des plus beaux softs de la machine,
et ce en dépit de quelques bugs de collisions et d'une bonne dose
de clipping. En fait, la force du jeu tient à la dimension
artistique de son univers, à sa cohérence et à son aspect de livre
d'illustrations interactif. Les décors sont somptueux, variés et le
style unique. Si vous disposez en plus d'une télé HD, vous nagerez
en plein bonheur. Jouabilité 17/20Plus riche que son prédécesseur,
Fable II nous propose un large éventail d'actions variées et une
certaine liberté. La prise en main est simple et immédiate, mais
les joueurs les plus exigeants n'apprécieront sans doute pas la
lourdeur de la navigation dans l'inventaire ainsi que la grande
facilité de l'ensemble. Le système de combat n'encourage pas
vraiment à se dépasser et la caméra nous joue parfois quelques
mauvais tours, mais globalement, on se laisse facilement envoûter
par cet univers d'une rare fraîcheur. Durée de vie 16/20En fonçant
comme un sagouin vers le dénouement, on pourra sans doute terminer
Fable II en une douzaine d'heures. Mais en venir là serait tout
simplement criminel car le soft fait tout pour que l'on se plonge
dans son univers. Les quêtes secondaires sont nombreuses et
intéressantes. On recommandera également aux joueurs les plus
difficiles de désactiver la ligne de quête pour accentuer
l'immersion. Fable II propose en outre un fantastique mode coop,
jouable à deux sur la même machine ou bien via le Xbox Live. Bande
son 18/20Beaucoup de thèmes nous viennent directement du premier
épisode mais ont tout de même été remaniés pour l'occasion. Le
reste nous invite à découvrir de somptueux choeurs, de majestueuses
envolées lyriques ou des thèmes beaucoup plus légers pour les
balades en ville ou en forêt. La musique est partiellement
dynamique lors des combats ce qui permet d'apporter un peu plus de
punch à l'ensemble. Les doublages français sont de très bonne
qualité en dépit de quelques répliques qui tendent à revenir un peu
trop régulièrement. Enfin, sachez que les bruitages sont
d'excellente facture et témoignent là encore d'une grande maîtrise.
Scénario 16/20Difficile de ne pas ressentir une pointe de déception
vis-à-vis d'un scénario qui se contente trop souvent de reprendre
les schémas établis par le premier Fable. Reste une histoire
attachante qui réserve son lot de surprises. Sachez également que
l'on pourra orienter notre personnage du côté du bien ou du mal
plus librement que dans le premier jeu. Note Générale 18/20Fable II
évoque à n'en pas douter une version améliorée et plus accessible
de son prédécesseur. Fort d'un univers envoûtant, soutenu par des
mécanismes de jeu intelligents, il se montre effectivement digne de
la vision de Lionhead, au sens où il possède la capacité de
rassembler des joueurs aux profils très différents. Fable II
renferme en outre bien des secrets qui nécessiteront sans doute de
nombreuses relectures pour être révélés. Mais on appréciera avant
tout la poésie de cette fable onirique et immensément attachante.
N'en doutez pas, Fable II se pose véritablement comme l'une des
valeurs sûres de la ludothèque 360.
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